De l’objectivité de la Science 13/08/26

Une situation intriquée

Comme indiqué dans le livre « Vous avez dit Big Bang » les « connaissances » que nous avons de l’univers , sa composition (il est constitué d’un grand nombre de quelques types de particules élémentaires- essentiellement protons, électrons et neutrons) et même si on sait que les protons et neutrons sont constitués de quarks, c’est au niveau d’une autre brique fondamentale (l’atome neutre) que nous nous positionnons. Les possibilités d’assemblage sont régies par 4 interactions fondamentales (connues à ce jour) et, en particulier la structure de l’atome avec ses nuages d’électrons en couches permet une grande diversité d’assemblage conduisant à des molécules complexes comme celles du vivant.

Nous en faisons partie, puisque nous sommes , nous-mêmes, et le support de notre esprit, (le cerveau), un assemblage particulier de ces particules élémentaires.

On mesure alors le problème, comment un assemblage de particules (notre esprit matériellement, principalement, porté par notre cerveau et nos sens, matériellement portés par des organes connectés au cerveau qui nous permettent d’appréhender le monde peut-il « objectivement » décrire ce monde, ses objets et les lois qui les régissent, fait d’assemblages de ces mêmes particules et atomes dont il fait partie. On considère, alors, l’univers de l’intérieur, ce qui n’est pas la meilleure position pour en déterminer la structure globale, et des moyens (nous sommes une partie de ce monde qui est soumis à ces lois) qui sont contraints par la structure du monde qu’on cherche à décrire!

On conçoit qu’il y a des limites structurelles et qu’on peut mettre en doute l’objectivité de la connaissance qu’on en a.

C’est la combinatoire dans l’assemblage d’éléments identiques qui porte l’information.

Manifestement, comme les particules élémentaires sont toutes identiques c’est bien dans la combinaison de ces particules que se situe l’information décrivant l’univers, y compris pour nous mêmes.

Un bout minuscule de l’univers (les atomes dont la combinaison constitue l’humain) s’attache à décrire cet univers.

Ceci revient à introduire, via nos sens et toute une organisation permettant de transmettre de l’information entre individus, par des médias permettant une acquisition et accumulation collaborative de l’information sur l’univers, dans notre structure informationnelle flexible, « notre cerveau ».

Ceci en modifie sa configuration (les connexions entre neurones se modifient). Cette nouvelle configuration perdure, c’est la « mémoire », avec, toutefois des dégradations éventuelles au cours du temps. Nous avons accès à cette information mémorisée (une image dans notre esprit), pour l’utiliser dans nos actions et la transmettre.

De plus, et c’est la cerise sur le gâteau, nous avons conscience de tout ce processus. C’est à dire que le processus qui met en oeuvre des objets (conduisant aux connaissances acquises mémorisées) est considéré comme un objet lui-même.

De ce processus « réflexif », on suspecte que des limites et contraintes inhérentes à cette structure soient incontournables, d’une part par la capacité d’incorporation d’information et sa stabilité, d’autre part par des biais liés à ce mécanisme, sans doute, incontournables. Ces limites ne doivent pas être simples à identifier, du fait que c’est l’objet lui-même qui s’interroge sur ses limites. Rappelons que Kant avait déjà identifié ces limites dans ses réflexions sur l’objectivité de la connaissance [1], que nous avons évoquées dans: Synthèse partielle de documents sur les « réflexions » philosophiques sur notre existence et ses liens avec celle de l’univers. 19/04/26.

L’objectivité de la connaissance en question

On attribue souvent un caractère objectif à la science sans vraiment prendre en compte celui qui la pense et comment. En fait le monde objectif, qui existe, sans doute puisque sans aucun doute nous existons, peut être assez différent de l’image (l’ombre) que nous en avons, même si dans beaucoup de cas notre interaction avec le monde physique, nous conforte dans la représentation qu’on en a.

L’allégorie de la caverne de Platon

Dans le cadre de l’allégorie de la caverne de Platon, les ombres (phénomènes, donnant une image de la réalité telle qu’elle nous apparaît dans notre monde « sensible », accessible par nos sens et notre esprit) d’une supposée réalité extérieure (les idées qui ne sont pas accessibles dans notre monde sensible), sont la représentation de l’univers à travers le filtre de nos sens et de notre esprit.

Bien entendu ces ombres ont une structure et une dynamique que nous observons et les lois que nous y associons peuvent parfaitement décrire et prédire la structure des ombres et leur évolution, ce qui nous donne l’illusion de maitriser une science prédictive et expérimentale.

La connaissance porte sur une ombre d’une supposée réalité

Mais les ombres ne contiennent pas toute l’information, par exemple la couleur ou sa géométrie (volume par exemple) et ainsi deux ombres identiques peuvent représenter des objets très différents et la physique qu’en tirerait serait alors différente si on y avait accès.

Cela pourrait expliquer les limites conceptuelles de la science, qui, malgré toutes ces limites présente une utilité pour nous, qui se trouve dans cette bien étrange situation: un assemblage de particules décrivant d’autres assemblages de particules.

Pour couronner le tout, le fait de tenir ce genre de propos, une critique de notre critique de la manière de considérer et appréhender le monde, est aussi lui bien étrange.

On assiste à une réflexion sur nos réflexions, et on peut aussi faire une réflexion sur cela et possiblement de manière infinie.

A travers tous ces « filtres » on peut se demander ce qu’on peut voir d’une « réalité » supposée, même si , pour certains aspects la science montre son efficacité à un certain niveau. Par contre, de cette situation, cela semble mettre structurellement « hors de portée » ce qu’on pourrait appeler une connaissance parfaite de la nature.

Une critique du modèle standard de la cosmologie

Rappel du modèle standard

La théorie de la relativité générale (qui n’est qu’une théorie, il est vrai, mais qui est riche d’enseignements sur l’univers) nous enseigne que le caractère dynamique, résultant d’un feuilletage de l’espace-temps, n’est pas une propriété « externe » de l’univers, (l’univers n’a ni passé, ni présent, ni futur), mais résulte de ce feuilletage et peut, à ce titre être considéré comme une propriété interne particulière (liée au feuilletage fait).

Cette théorie suppose une « singularité initiale » le « Big Bang » qui a donné lieu à de nombreux débats sur ce qu’il y avait avant le big bang. Notons que s’il y avait quelque chose avant, cela ne fait que reporter le problème sur l’origine de ce prédécesseur. Une hypothèse souvent invoquée est celle d’un vide « quantique » qui se serait dissocié. Notons que cela impose que ce vide quantique devait avoir toutes les propriétés pour produire ce qui allait en résulter. En fait cette hypothèse n’apporte pas d’information puisqu’elle suppose qu’elle était déjà présente.

La conception relativiste synthétique « covariante »

L’univers est considéré comme un espace-temps, une entité qui n’a pas besoin de se situer dans le temps et l’espace car un espace-temps est quelque chose de plus synthétique que l’espace et le le temps ainsi que toute combinaison des deux.

Dans cette approche, qualifiée de « covariante » on ne procède pas à un feuilletage de l’espace-temps pour établir les équations. En langage newtonien, on pourrait dire que l’univers, qualifié parfois d’univers « bloc », décrit ainsi, représente de manière synthétique (structurellement indivisible) tout l’univers dans toute l’extension spatiale et temporelle des descriptions avec un feuilletage qui, lui-même, n’a pas de caractère physique puisqu’il est arbitraire et réalisable de multiples manières, toutes physiquement équivalentes.

L’avantage dans cette conception « covariante » c’est qu’on à pas besoin de s’intéresser à ce qu’il y avait avant, (ni pendant , ni après) puisque cela n’a pas de sens comme déjà évoqué: l’univers n’a ni passé, ni présent ni futur, ces notions se référant à un feuilletage arbitraire de l’espace-temps, sans caractère physique.

Ici le critère est l’existence de cet espace-temps. Nous déduisons son existence en constatant, par notre conscience, notre existence, elle-même contrainte par l’existence de cet univers dont nous faisons, indéniablement, partie.

Si cela n’explique pas l’existence de l’univers et donc la nôtre, comme selon la philosophie existentialiste l’existence ne s’explique pas, elle se constate, elle a au moins l’avantage d’éliminer des pistes qui ne conduisent nulle part.

Peut-on donner un sens à notre existence dans l’univers?

En suivant l’hypothèse existentialiste du constat de notre existence et en conséquence de celle de l’univers, , on peut tout de même se demander si notre existence a un sens, ou une importance dans l’univers.

Dans l’immense univers, siège de phénomènes d’une violence inouïe [1], notre présence sur une minuscule planète autour d’une étoile plutôt standard, n’incite pas à donner une réponse positive. Notre disparition et même celle de notre système solaire serait un événement insignifiant au niveau de l’univers.

En effet, du point de vue physique, notre insignifiance ne semble pas compter pour l’immense univers et dans le schéma du modèle standard, il semble que l’univers n’a vraiment pas besoin de nous pour perdurer avec ses propriétés.

Une remarque tout de même sur l’existence de l’univers, comme dans la philosophie existentialiste l’existence se constate, cela semble impliquer la présence d’une conscience pour le constater. Un univers sans conscience pour constater son existence, existe-t-il? C’est une question que nous sommes déjà posée dans d’autres pages du site.

Conférer une existence à l’univers, est-ce le rôle qui nous est dévolu? On pourrait objecter que notre émergence tardive dans le modèle standard cosmologique (Big Bang), laisserait à supposer que l’univers n’existait pas avant notre émergence (ou celles d’autres consciences) pour le constater.

Mais cet argument ne tient pas dans l’analyse de type espace-temps de la relativité générale qui considère l’univers dans sa globalité spatio-temporelle.

Notre existence, constatée par notre conscience, étant une partie intégrée dans cet espace-temps, il confère cette existence et une conscience à l’espace-temps, qui le contient. L’humain confère une conscience d’exister à l’univers.

Pour ceux qui seraient en délicatesse avec l’approche « covariante », on peut faire remarquer que dans le modèle standard, cela était dans « l’ADN » [2] de l’univers puisque cela s’est produit dans son évolution qui est dictée par sa constitution depuis les conditions initiales et son évolution par les lois de la physique.

L’approche covariante et l’approche chronologique (Big Bang) sont bien compatibles sur ce point, seule leur description diffère.

La complexité, mais fragilité du vivant vs l’immensité et la puissance de l’univers.

Autre considération, si au niveau de l’ampleur des paramètres physiques de l’univers, nous sommes insignifiants, au niveau de la complexité, notre cerveau, par exemple permet de mettre en oeuvre une complexité inouïe qui dépasse celle de la matière inerte. Si on considère la quantité d’information comme un paramètre fondamental de l’univers, alors nous ne sommes plus insignifiants.

Peut-on donner un sens à l’existence de l’univers?

Indépendamment du fait qu’il est nécessaire à notre existence qui en retour lui donne une existence et une conscience, peut -on chercher une motivation à son existence et un sens à celle-ci.

L’esprit humain est en quête métaphysique de sens pour toute chose et ne pas en trouver est frustrant. Peut-être qu’au niveau de l’univers ceci n’a pas cours et que de chercher une raison à l’existence de l’univers est une quête vaine. La question reste ouverte…

à suivre

[1] On considère des classes pour les civilisations. Le niveau 0 qui est le nôtre correspond à une civilisation qui ne peut pas maitriser les phénomènes de sa planète, notons certains phénomènes violents comme les cyclones sont liés à l’activité solaire et qu’il faudrait disposer d’une énergie bien supérieure à celle que le Soleil nous dispense. Comme cela correspond à 1 milliardième de l’énergie du soleil il faudrait en récupérer une plus grande part, d’où des projets comme les sphères de Dyson, plus proches du Soleil, qui entourant, même partiellement, le Soleil pourrait (théoriquement) récupérer une énergie supérieure à ce milliardième, au bénéfice de l’humanité.

Le niveau 1 correspond à la maîtrise de la planète. L’énergie pour faire cela doit être puisée sur son étoile, voir sphère de Dyson!

Le niveau 2 correspond à la maîtrise du système solaire. L’énergie pour faire cela doit être puisée dans sa galaxie!

Le niveau 3 correspond à la maîtrise de la galaxie. L’énergie pour faire cela doit être puisée dans l’univers entier! Une telle civilisation serait quasi- invulnérable!

[2] Le terme ADN est une image, on comprend que comme l’être conscient est apparu dans son évolution, c’était dans les « gènes » (autre image) de l’univers, ici sa constitution et les interactions qui régissent son organisation et son évolution.

Notes

[1] Ainsi Kant déclarait :
« Les deux souches de la connaissance humaine, qui partent peut-être d’une racine commune mais inconnue de nous ; la sensibilité et l’entendement ; par la
première les objets nous sont donnés, par la seconde ils sont pensés »
Note : Par sensibilité, il faut comprendre ce qui nous est accessible par nos sens.
et il déclarait également (entre autres)
« La vérité, dit-on, consiste dans l’accord de la connaissance avec l’objet. Selon
cette simple définition, ma connaissance doit donc s’accorder avec l’objet pour
avoir valeur de vérité. Or le seul moyen que j’ai de comparer l’objet avec ma connaissance, c’est que je le connaisse. Ainsi ma connaissance doit se confirmer elle-même. Mais c’est bien loin de suffire à la vérité. Car puisque l’objet est hors de moi et que la connaissance est en moi, tout ce que je puis apprécier c’est si ma connaissance de l’objet s’accorde avec ma connaissance de l’objet. Les Anciens appelaient diallèle un tel cercle dans la définition. »
(cité dans « Le plaisir de pensée- de A. Comte-Sponville, éd. Vuibert)
Bachelard, (Le nouvel esprit scientifique) plus tard, qualifiait la sci