Le Mystère de l’existence. Essence, existence, création

Lorsque nous nous interrogeons sur l’existence de l’univers et de notre existence qui, comme le récit cosmologique le montre semble accessoire dans le développement de cet univers, notre attitude est de s’étonner que quelque chose existe plutôt que rien. L’option par défaut ou de départ (ce qu’on appelle communément les conditions initiales) qui fournit le cadre de notre pensée est : Rien n’existe.  On considère alors l’existence de l’univers, rendant possible la nôtre, comme une création qui va survenir mystérieusement !

C’est prendre le problème à l’envers, car la donnée initiale, le fait établi, c’est l’existence de notre pensée, donc de nous-mêmes, ce qui implique celle de l’univers. C’est donc à partir de ce fait établi que notre raisonnement doit s’exercer et pas en vertu de schémas anthropomorphiques, inspirés de notre expérience de la vie courante, s’appuyant sur notre perception de l’espace et du temps conçus, dans ce contexte, comme des données immédiates de notre conscience. La difficulté vient du fait que la relativité générale, théorie fondatrice de la cosmologie, stipule que seul l’espace-temps, pour lequel notre entendement n’a aucune expérience car sa manifestation à notre échelle est imperceptible, a un sens physique. Rappelons que, pourtant dès 1907, Minkowski avait souligné, dès la relativité restreinte et c’est aussi vrai en relativité générale, inspiré sans doute par l’allégorie de la caverne de Platon, que l’espace et le temps, séparément, n’ont aucun caractère physique et sont réduits à n’être que des ombres de l’espace-temps qui est la seule réalité physique !

Comme la neurologie moderne le montre, il faut se méfier de notre cerveau qui, en fait, élabore des structures mentales à partir de ce qu’il a appris dans son expérience quotidienne pour tenter de procurer les solutions les plus adaptées aux différentes situations auxquelles nous sommes confrontés. Sa redoutable efficacité vient de sa flexibilité vis à vis de l’acquisition et du traitement des données relatives aux phénomènes auxquels il a été confrontés. Comme il n’a jamais été confronté aux phénomènes de l’espace-temps, imperceptibles dans notre environnement courant, il n’en perçoit que les ombres, qu’il tient, à l’instar de certains prisonniers de la caverne de Platon, pour la réalité !

Éléments de philosophie de Platon : L’essentialisme,

L’essence précède l’existence.

Platon définit les essences ou idées qui sont les formes intelligibles éternelles et parfaites, archétypes et modèles des choses sensibles qui, elles, sont appréhendées par les phénomènes, dans notre monde physique, qui n’en sont que les reflets instables et imparfaits. Ce sont ces idées qui donnent un sens aux phénomènes, en particulier qui définissent les lois de la nature..

Allégorie de la caverne

Platon illustre ses arguments en décrivant une situation où des prisonniers dans une caverne ne voient que les ombres, projetées sur le mur de cette caverne, du monde extérieur. Peuvent-ils imaginer que ce ne sont que des ombres de quelque chose de plus complexe (les idées) et les reconstruire à partir des ombres ou en sont-ils réduits à considérer ces ombres comme la réalité ? Si un prisonnier prétend que ces ombres sont la seule réalité existante, peut-on prouver qu’il a tort ?

Dans cette description, la caverne représente le monde sensible où nous vivons et les ombres sont les phénomènes tels que nous observons. Le monde extérieur est le monde parfait des idées.

A noter que l’objectif de Platon n’était pas de dire ce qu’il  pensait lui-même, quelles étaient les réponses qu’il avait données aux questions les plus fondamentales sur ce que veut dire « être un homme », mais de leur apprendre à penser par eux-mêmes afin de trouver leurs propres réponses à ces questions, car il savait qu’en la matière, pas plus lui que nous n’aurions jamais de réponses définitives et que chacun devait construire sa vie et la vivre selon la devise de Socrate : « Connais-toi toi-même »

Le paradigme.

Le paradigme est ce que l’on montre à titre d’exemple, ce à quoi on se réfère comme à ce qui exemplifie une règle et peut donc servir de modèle. Chez Platon, il a un sens pédagogique : le paradigme est l’objet « facile » sur lequel on s’exerce avant de traiter d’un objet ressemblant au premier, mais plus difficile. Bachelard illustre cela en soulignant que la pensée est essentiellement inductive, elle lit le complexe dans le simple, la loi dans l’exemple.



Existentialisme

La notion d’existence en philosophie a connu un essor fondamental grâce à Kierkegaard au 19ième siècle puis, au 20ième siècle, avec Merleau-Ponty et Sartre, selon où, a contrario de Platon, l’existence précède l’essence. L’existence ne se déduit pas, elle se constate, elle s’éprouve :

 Sartre : « … par définition, l’existence n’est pas la nécessité. Exister, c’est être là, simplement ; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire ». L’essence, alors se construit dans l’existence.

Si cette philosophie a été développée essentiellement pour traiter de l’existence de l’humain, compte tenu que notre existence et celle de l’univers sont indéfectiblement liées, il est intéressant de la considérer aussi dans ce cadre.

Seule l’existence de l’univers a un sens !

Comme le succès du modèle de Big Bang, supposant une création de l’univers, le montre, l’assertion « seule l’existence de l’univers a un sens » choque nos habitudes de pensée. Pourtant, une création ne pose pas moins de problème que celui de l’existence, car on peut se demander comment quelque chose peut émerger de rien ? Rappelons que le vide quantique n’est pas rien. Un univers éternel ne résout pas non plus la solution car l’éternité, qui ne permet pas de situer un point de manière univoque, n’est pas un concept physique.  Ceux qui s’intéressent à un avant Big bang ne font que reporter le problème de l’existence de ce qu’il y avait avant.

Toutes ces hypothèses reposent sur une vision extérieure de notre univers et un temps et espace extérieur dans lequel il se situerait. En fait, en relativité, temps et espace n’existent pas, car seul l’espace-temps, résultant de l’équation d’Einstein, existe. Comme nous l’avons développé dans le livre, l’espace- temps défini par la relativité générale n’a besoin de rien d’autre que lui-même pour exister et inférer toute la phénoménologie que nous constatons de l’intérieur de l’univers où nous sommes et dont nous faisons partie. L’existentialisme parait alors la philosophie la plus appropriée pour décrire nos rapports avec cet univers.