Conscience et existence : quelques considérations sur le sujet (révisé le 18 juin)

« Le moi est un rapport qui se rapporte à lui-même » S. Kierkegaard -Traité du désespoir.

Dans sa définition du « moi », le sujet et l’objet ne sont plus des entités en soi, mais des ombres d’une structure auto-récursive plus complexe: la conscience !

A l’image du serpent qui se mord la queue pour fermer le cercle, que curieusement on trouve dans les cosmogonies nordiques voir figure ci-dessous, c’est ce concept, difficile à appréhender, qu’il retient de son introspection.

Ygdrasil, l’arbre cosmique, assure la cohérence verticale des mondes de la mythologie nordique, tandis que le serpent de Midgard assure sa cohérence horizontale. Peinture attribuée à Oluf Bagge

De manière assez surprenante, la relativité générale présente des caractères qui s’apparente à cette approche récursive : Pour ce qui concerne l’univers, la vision classique est qu’il est le contenant de tout ce qui est dedans appelé le contenu. Contenu et contenant sont indépendants.

Mais, en relativité générale, ce qu’on a appelé, communément, contenu et contenant en mécanique classique ne font qu’un, autrement dit, ils sont indissociables, car, non seulement ce sont toutes les parties du contenu qui définissent la géométrie du contenant, mais en retour toutes ces parties se couplent avec ce contenant qu’ils ont défini et qui définit alors leur phénoménologie !

 L’ensemble, qui résulte de cette étreinte, constitue un espace-temps qui est notre univers. Dans ce cas nous avons trouvé une solution à cette interdépendance intriquée qui de surcroît rend mieux compte que la vision classique de la phénoménologie de l’univers telle que nous l’observons.

Ceci est de nature à nous encourager à poursuivre nos investigations.

 Face à cette propriété étrange d’auto-récursivité on peut se demander si cela est une propriété fondamentale universelle dont notre esprit et l’univers en seraient des représentations. Mais on peut aussi supposer que c’est parce que notre esprit est ainsi construit que la théorie décrivant l’univers, qui est une construction cérébrale, incorpore cette structure si particulière comme une empreinte du concepteur, ou, bien entendu, vice-versa.

Pour tenter de trouver une approche à une situation qui semble plutôt verrouillée de l’intérieur commençons par un examen phénoménologique qui, même s’il est périphérique au sujet (on tourne autour pour l’examiner sous différents angles d’approche), en cherchant à voir à qui cela s’applique, comment cela est mis en œuvre, ce que cela implique, en espérant que cela nous donne des idées sur une clé qui pourrait ouvrir au moins quelques perspectives sur la manière d’aborder le problème. Commençons par le problème de notre existence, condition préalable à notre conscience.

Soulignons que la motivation de ce document, à l’instar de la méthode préconisée par Platon, n’est pas de révéler une quelconque vérité universelle mais d’inciter chacun à réfléchir à ce qui correspond le mieux à l’idée qu’il se fait du monde.

La cosmologie serait-elle différente si on ne se posait pas le problème de la création de l’univers, de son existence et de la nôtre.

L’étude du modèle cosmologique actuel, y compris la création de l’univers, montre que notre existence, si elle est permise par la nature des lois physiques à l’œuvre dans le scénario cosmologique [1], semble totalement sans influence sur le modèle cosmologique. Notre existence semble totalement accessoire dans ce processus. Nous ne serions pas là, les choses se seraient passées de la même façon. C’est ce que notre apparition tardive dans son histoire atteste, puisque pendant plus de 13 milliards d’années (en temps cosmologique), tout cela s’est fait sans nous. Sommes-nous les seuls êtres pensants de l’univers? La découverte d’exoplanètes en grand nombre, préfigurant un nombre gigantesque, rend crédible que d’autres formes de vie, dont certaines intelligentes puissent exister [2]. Au risque de chagriner notre ego, l’univers existe peut-être aussi pour d’autres et à ce titre serait “d’intérêt plus général” que nous le pensons. Ces autres êtres se posent-ils les mêmes questions, ont-ils dépassé cela? Pour répondre, il faudrait commencer par se débarrasser de notre approche égocentrique.

Pourquoi se poser le problème de la création de l’univers et de la nôtre ?

Comme, il ne semble qu’il n’y ait aucune nécessité à cela et que cela semble ne servir à rien, on peut se demander pourquoi des êtres vivants, comme nous, se la posent. On pourrait donc clore le débat là, en considérant fort sagement que tout cela semble ne servir à rien. Malgré tout, comme nous sommes des enfants, plutôt curieux, de cet univers et qu’on peut être saisi d’un doute, en général, nous considérons que  la question mérite d’être examinée, au motif que, peut-être, cette inutilité n’est qu’apparente et cache quelque chose ! Après tout on admet bien une création à partir de rien, pourquoi pas rechercher une raison cachée dans l’inutile.

Phénoménologie de la création?

Nous avons utilisé le terme de “création” qui, en science, pose problème en vertu du célèbre adage “rien ne se perd rien ne se créé, tout se transforme”. La création de l’univers, serait un mystère, car à supposer qu’il soit la transformation de quelque chose qui existait avant, on ne ferait que reporter le problème qui fini par aboutir à une existence “éternelle”. Rappelons que la cosmologie est une théorie, de plus non quantifiée, ce qui au sujet de son “origine” pose problème puisque le modèle standard de la cosmologie élude le problème en invoquant une “singularité”. La création est une singularité dans ce modèle, circulez, il n’y a rien à voir ! Dans notre existence quotidienne nous parlons de “création” à tout propos . S’agissant de nous mêmes, en tant que mortels, nous sommes créés, ce qui est exact car avant nous n’existions pas. Mais notre substance matérielle est constituée d’un assemblage, certes original et d’ailleurs changeant, d’atomes qui existaient déjà dans la nature (proche) et qui, pour leurs constituants élémentaires (ou presque – ils sont constitués de quarks), les protons et les neutrons ont (pratiquement intégralement) tous été créés il y a 13,7 milliards d’années (en temps cosmologique dans le modèle du Big Bang). [3]

Ce sont les mêmes, depuis ce temps là, que ceux qui nous constituent. Les protons et neutrons qui nous constituent ont pu appartenir certains à des dinosaures avant nous, voire à des virus et des bactéries etc.. En matière de recyclage la nature sait y faire!

Point intéressant, si la théorie lui prête une origine, le proton semble “immortel”, ce qui intrigue les physiciens. Les théories supersymétriques (spéculatives) prédisent une “durée de vie”limitée au proton mais cela n’a jamais été observé, au grand désespoir des physiciens.

La nature nous présente un exemple “d’éternité’ sous l’apparence d’une immortalité, concept “dissymétrique” bien étrange en physique, il y a un début mais pas de fin, qui, s’il peut être remis en cause dans d’autres théories, nous interpelle et peut ébranler certaines convictions au sujet de notre propre conception de ce que pourrait être notre propre création et celle de l’univers.

Qu’est-ce qui nous pousse à nous poser la question ?

Les fonctions essentielles de la vie sont la reproduction, la survie (nourriture) et le développement de l’espèce avec la meilleure appropriation possible d’un milieu qui le permet, en compétition avec d’autres espèces. C’est ce à quoi maintes formes de vie semblent se limiter comme les virus, bactéries, végétaux, animaux. Certaines formes de vie ne vivent qu’un jour, juste le temps de se reproduire.

On peut se demander quel type d’avantage peut apporter une réflexion sur l’être, comme celle que le Sapiens, que nous sommes, fait.

Un autre élément, lié à l’écologie, qui vient à l’esprit, est qu’à côté de la compétition il y a la coopération, comme la synergie voire la symbiose entre des éléments très différents (notre flore intestinale qui nous permet d’assimiler les aliments, le rôle des insectes pour la pollinisation ses végétaux etc.). Tout cela forme un système très lié avec de multiples interdépendances dont la prudence conseille de veiller à ne pas le molester trop brutalement.

Pour revenir à notre questionnement sur l’existence, c’est parce que nous réfléchissons et avons conscience, d’être un individu bien limité dans l’espace et le temps avec un intérieur et un extérieur, de notre existence que nous nous posons le problème de cette existence. Se poser cette question nous confère-t-il un avantage par rapport au cas où on ne se le pose pas ? A priori, au niveau de l’individu, du moins jusqu’à présent, cela ne semble pas être le cas. Au niveau d’une société on peut s’interroger.

 Individuellement, ce serait plutôt un inconvénient par l’angoisse qu’il peut susciter. Cela est-il inspiré par la peur de la mort, car notre vie étant de durée finie, on est amené à faire un bilan et, en conséquence, à le relier à quelque chose qui lui donne un sens. D’où les réponses religieuses et philosophiques.

Si la source de réflexion paraît être individuelle, pour autant, est-ce une valeur individuelle à laquelle on attache des droits (droits de l’homme par exemple) , sociétale  ou même liée à l’espèce ?

Cette réflexion est-elle l’apanage du Sapiens ?

 Sans parler d’êtres vivants élémentaires (paramécies, amibes, éphémères, insectes, dont nous sommes peut-être issus), un animal, évolué se pose-t-il la question ?

Il est difficile de leur demander, mais l’étude de leur comportement ne semble pas (sauf peut-être pour les chimpanzés ?) en montrer les signes. Cela ne les empêche pas d’avoir une vie « sociale » soit à l’état sauvage soit domestique pour certains. Nos lointains ancêtres dans les cavernes, avaient sans doute conscience d’exister. Malgré le contexte dangereux dans lequel ils devaient assurer leur survie et celle de l’espèce, via les premières structures sociales (famille-tribus), pouvaient-il avoir une notion confuse du problème. Probablement oui, si on en croît les mythes et les réponses religieuses qui ont émergées, sans doute sur la peur de la mort, qui amène à vouloir donner un sens à la vie.

Les algorithmes dans tout cela ?

Nous construisons des machines très performantes capables d’une grande autonomie de décision et d’action, éventuellement capables de se reproduire (en construire d’autres) et de s’améliorer de façon autonome. Mais ont-elles une conscience d’exister ?

Il est vrai qu’au départ ce sont les humains qui les ont construites et ont implanté leurs algorithmes. Mais ces algorithmes de plus en plus inspirés de réseaux neuronaux qui sont capables d’apprendre, donc d’évoluer peuvent-ils devenir entièrement autonomes que cela ait été essayé dans leur programmation ou que cela résulte d’une erreur (bug) et (c’est la grande peur de certains) d’échapper à notre contrôle et devenir totalement indépendants. Ces algorithmes peuvent-il aboutir à leur donner une conscience d’exister par des « boucles rétroactives).  Si c’est le cas cela ne serait-il pas un handicap (se mettre à réfléchir et hésiter) ou serait -ce un avantage ?

Est-ce la conscience qui donne un avantage au Sapiens ?

A première vue, il n’est pas évident que se préoccuper de ses sujets existentiels soit un avantage au niveau de l’efficacité d’une société. Voir, par exemple, les sociétés totalitaires (nazisme, communisme stalinien et aujourd’hui dans une moindre mesure la société chinoise par exemple), où l’individu doit s’effacer devant le collectif.

Autrement, dit comme certains le préconisent, ces préoccupations sont-elles inutiles, futiles voire nuisibles. Au niveau de l’efficacité sans doute, mais comme cela semble ancré dans notre esprit, elles ont souvent fini par s’imposer contre toute attente.

Limites et confiance qu’on peut accorder au cerveau

La grande question est donc la nature de cette conscience liée à la nature de notre cerveau. Si cet organe est remarquable, il serait erroné de le sacraliser, car il n’est qu’une évolution d’une structure plus primitive. Il est remarquablement performant à traiter les problèmes courants que nous rencontrons dans notre environnement, mais il ne sait traiter efficacement que ce qu’il a appris à connaitre.

Autrement-dit pour des questions à des problèmes auxquels il n’a pas été pas confronté, ses réponses sont sujettes à caution.

Soulignons toutefois, et cela est un atout majeur, que les réponses qu’il peut donner sont probablement meilleures que celles issues d’un simple hasard car c’est une propriété remarquable des réseaux neuronaux de donner une réponse pas complètement aléatoire si la question posée possède des corrélations avec d’autres questions à lesquelles il a déjà été confronté. 

Notre cerveau : auto-récursivité à tous les étages !

Notons la rétroaction, car c’est avec notre cerveau que nous fomentons ces doutes à son sujet…Par ailleurs c’est aussi avec notre cerveau que nous l’étudions, du moins sa constitution organique où les manifestations de son activité cérébrale ont une contrepartie physique, ce qui ne permet d’en connaître qu’une ombre, comme dans l’allégorie de la caverne de Platon.

Mais, n’est-ce pas ainsi de toutes nos connaissances, même dans les sciences physiques, car ce qui nous est accessible par nos expériences de physique, ce sont les phénomènes, c’est-à-dire, la chose telle qu’elle nous apparaît (l’ombre sur les murs de la caverne de Platon), mais certainement pas la réalité de la chose qui a vocation à être inaccessible !

  C’est dans ce sens qu’il faut orienter nos réflexions spéculatives : Comment pouvoir chercher ce que le cerveau ne sait pas en se servant de notre cerveau.

Nous voyons que nous sommes face à un problème auto-récursif qu’il va falloir tenter, non pas de dénouer car la conscience relève de cette auto-récursivité, mais de l’appréhender synthétiquement pour le comprendre dans sa complexité structurelle.

Le danger, c’est qu’il nous égare sans qu’on puisse en prendre conscience, car tant qu’il s’agit de physique, l’univers et le monde physique nous donnent quelques repères qu’il faut, certes, prendre avec toutes les réserves que nous avons évoquées, car c’est par notre interface (sens, instruments, théories) avec ce monde physique que nous l’appréhendons, mais s’agissant de question d’existence on est dans une métaphysique pure où même ces repères, aussi furtifs qu’ils soient, n’existent même pas.

Conclusion :

En suivant Platon, laissons à chacun sa conclusion…

[1] Ce fait est un truisme, si ce n’était pas le cas, nous ne serions pas là. Cela fait l’objet du “Principe anthropique faible”, qui serait plus convenable d’appeler “argument anthropique faible”. Il est beaucoup plus détaillé dans le livre où on se demande jusqu’où dans une approche réductionniste on peut aller.

En résumé, pour le vivant cela est permis par la diversité structurelle des couches électroniques régie par la mécanique quantique qui permet les molécules très complexes. En fait toute la physique avec ses éléments et ses lois d’interaction est à l’œuvre dans ce schéma.

Nous considérons que l’ADN est la clé de l’évolution et de la complexité extraordinaire du vivant où on ne peut que s’émerveiller de l’évolution à partir de structures très simples jusqu’à des êtres complexes comme nous où les différentes fonctions à réaliser sont effectuées par des organes spécialisés en interaction entre eux mais aussi avec d’autres formes du vivant,(bactéries, virus).

Et que dire de la reproduction sexuée où à partir d’un ovule fécondé minuscule; l’ADN architecte va construire un individu original mais selon un plan bien établi!

Mais cet ADN a lui aussi son ADN qui sont les quatre interactions (gravitation qui va fabriquer les grandes structures d’hébergement et contribuer à la fourniture d’énergie, l’interaction forte qui va construire les protons, les neutrons et intervient dans les noyaux atomiques, l’interaction faible qui permet le changement de nature des éléments (le rêve des alchimistes) et donc leur diversité et enfin au niveau de l’humain et de son environnement l’électromagnétisme qui régit les couches électroniques et permet la chimie. Ce sont ces interactions qui constituent l’ADN primaire dont les lois régissent entre autre notre ADN. Ces interactions ont-elles toujours existé ? Le modèle standard de la cosmologie (MS), nous dit qu’au tout début elles n’étaient pas séparées et ne se manifestaient pas (étaient masquées). Elles se sont découplées très tôt (en temps cosmologique du MS) et ont été à l’œuvre dès lors.

[2] Le nombre de planètes doit être gigantesque, car cela est associé au mécanisme de formation d’une étoile . En effet le moment cinétique doit être évacué pour ne pas contrarier l’effondrement du nuage de gaz qui va générer l’étoile, dans le cas des étoiles simples. Ce sont les planètes, qui compte-tenu de leur distance à l’étoile qui, malgré leur masse très inférieure à l’étoile font cela. Dans le système solaire si 99% de la masse est dans le Soleil, 99% du moment cinétique est dans les planètes. Donc l’existence d’un système planétaire pour chaque étoile est un phénomène générique, ce qui laisse à supposer que le nombre de planètes dans l’univers est supérieur à celui du nombre d’étoiles à savoir plus de cent mille milliards de milliards de planètes! L’opportunité pour que la vie ait pu se développer est important, nonobstant le silence des cieux ! On cherche des raisons à cela, comme celles évoquées par le paradoxe de Fermi et on essaie de quantifier le phénomène l’équation de Drake, prenant en compte, entre autres, la durée de vie d’une civilisation évoluée, mais dont certains paramètres sont si hypothétiques que cela ne vaut guère mieux qu’une réponse au doigt mouillé !

[3] On parle de protons libres “immortels”. Des protons peuvent se désintégrer en neutrons dans des réactions nucléaires au sein d’un noyau atomique (Réaction P + P -> deutérium + positron et neutrino, via l’interaction faible qui fait intervenir un boson W+, dans le Soleil par exemple) . De même des neutrons peuvent se désintégrer en protons dans des noyaux atomiques. Le neutron libre est instable avec une période de 15 mn environ. Il est stabilisé dans un puits de potentiel, comme celui des noyaux atomiques, en particulier le noyau d’Hélium, ce qui a permis de sauver les neutrons rescapés dans la nucléosynthèse primordiale.